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Avec les enfants,
c'est un bon équilibre entre compassion et fermeté qui permet
d'élever les enfants sans les rabaisser… ni leur permettre de
tyranniser leurs parents. Et dans la vie professionnelle,
combien de réussites ne sont-elles pas dues à une forte
présence, une bonne dose d'amour propre et d'humour, de
maîtrise, d'élan, d'attention à l'autre et l'art de le
convaincre ou de susciter l'enthousiasme ? Toutes ces
qualités ainsi que bien d'autres sont des facteurs
d'intelligence émotionnelle que l'on peut mesurer. Qui dit
intelligence émotionnelle dit « capacité à comprendre ses
émotions et celles des autres. » Mais de quoi les
émotions sont-elles le vecteur ?
La plupart des auteurs s'accordent
à distinguer quatre grandes émotions de base : la colère,
la peur, la tristesse et la joie. D'aucuns ajoutent une
cinquième émotion : les uns vont rajouter le dégoût,
d'autres l'amour… Peu importent les querelles d'école :
ce qui est important de comprendre ici, c'est que les émotions
de base vont offrir d'infinies variantes selon les besoins en
jeu, leur intensité, leur retentissement et leur combinaison
avec d'autres émotions.
Ainsi, la colère peut aller de la
petite irritation à la crise de rage ou à l'agressivité
chronique ; la peur, de la vague inquiétude à la crise de
panique complète ou à la phobie ; la tristesse, de la
déception passagère au désespoir le plus profond ou à la
dépression ; et la joie, de la paix tranquille à
l'exaltation la plus complète ou au fou rire. De même, la
honte sera-t-elle le plus souvent un mélange de colère rentrée
contre soi ou de dégoût teinté de tristesse ; dans la
jalousie, on verra la peur associée avec la colère… Pour
compliquer le tout, il faut tenir compte aussi des émotions
parasites qui font écran à nos émotions authentiques.
Dans notre société,
culturellement, les hommes sont plus encouragés à exprimer
leur colère et masqueront leur peur ou leur chagrin derrière
des manifestations de dureté apparente ; les femmes par
contre sont conditionnées à ravaler leur colère. Ce qui ne
veut pas dire qu'elles se laissent faire, Dieu merci.
Voilà donc déjà quelques clés pour
décoder le langage émotionnel. Qui dit émotions - en dehors de
la joie - dit généralement besoin frustré. C'est une énergie
mobilisée pour tenter de combler un besoin en souffrance.
Jusque là, tout va bien tant que chacun assume la
responsabilité de ses besoins et se sert de l'énergie de
l'émotion pour satisfaire ses besoins. Comme un programme de
survie, La colère nous permet de protéger notre intégrité, la
peur, de faire face au danger, la tristesse, de faire le deuil
de nos attachements pour tourner la page. Les difficultés
commencent lorsqu'on attribue à quelqu'un d'autre la
responsabilité de nos propres besoins : c'est là que les
relations se gâtent. Les accusateurs vont chercher un martyr
sur qui déverser leur colère, les victimes, un bouc émissaire
pour se justifier ou un saint-bernard auprès de qui se
plaindre. Dans ce jeu de patate chaude, personne ne s'assume
vraiment, et les choses ne risquent pas d'être réglées de
sitôt. Chacun nie la responsabilité de l'émotion qu'il ressent
et s'ôte le pouvoir d'obtenir ce qu'il veut vraiment. Il y
aura donc du monde pour faire les frais de ce qui ne lui
appartient pas. Ce jeu pervers poursuit les familles de
générations en générations qui vont porter le poids de
situations inachevées.
Ce triste cortège dépeint
malheureusement la trame de bien des relations. Les jeux de
pouvoir ne se jouent pas qu'en entreprise : les relations
familiales sont d'autant plus polluées d'enjeux secrets que
leurs membres sont investis de l'obligation de satisfaire ces
exigences tacites. Que de non-dits, de regrets, de rancoeurs,
de ressentiments… le ressentiment n'étant autre que le
sentiment qui n'est pas dit. Il existe pourtant des approches
simples et puissantes pour apprendre à écouter, reformuler,
dire les choses clairement, parler pour soi et non pour
l'autre, clarifier les liens ambigus et repositionner chacun à
sa juste place.
Les approches de Gordon et de
Rosenberg sur l'affirmation pacifique des besoins et de Bert
Hellinger sur les constellations familiales vont dans ce sens.
Sans parler de l'apprentissage de la communication, dans
lequel on apprend à parler dans le langage de l'autre, selon
ses préoccupations. Ainsi, John Ray s'est fait largement
connaître avec sa célèbre série « Mars et Vénus »
pour dépeindre le monde respectif des hommes et des femmes
avec leur langage spécifique.
Au-delà de ce travail sur la
relation, reste le travail à faire sur soi pour restaurer
l'amour blessé et pardonner son passé. On rentre là davantage
dans le travail de thérapie, longue ou brève. Une approche
comme celle mise au point par Bob Hoffman par exemple offre un
exemple magistral pour renouer avec sa famille, avec son
histoire et en fin de compte avec soi-même. C'est dire que
l'intelligence du cœur s'éduque et se rééduque. Il est temps
de sortir du cliché selon lequel l'intelligence, qu'elle soit
mentale ou émotionnelle, serait acquise une fois pour toutes.
S'il n'est jamais trop tard pour
construire des relations heureuses, il n'est jamais trop tard
non plus pour avoir une enfance heureuse.
Karin
Reuter est psychologue, psychothérapeute et Directrice de
l'Institut Hoffman France
Bibliographie :
Tim Laurence « 4 étapes
pour commencer à vivre : les atouts du Processus
Hoffman »
Daniel Goleman,
« L'intelligence émotionnelle »
Daniel Goleman, en
collaboration avec le Dalaï Lama « Supprimer les émotions
destructrices ».
Article
mis à jour le 22 avril 2007 |