« Nos blocages d’adulte prennent souvent racine dans notre enfance »

Juil 3, 2026 | Bénéfices, Équipe Hoffman France, Processus Hoffman

Dans la première partie de cette interview, Katrin Reuter revenait sur son parcours personnel et expliquait pourquoi elle considère le Processus Hoffman comme son « ADN psychothérapeutique ». Elle y présentait également les grands principes de cette approche fondée sur la réconciliation avec soi-même et avec son histoire.

Dans cette deuxième partie, elle nous aide à comprendre pourquoi certaines blessures de l’enfance continuent d’influencer notre vie d’adulte, parfois à notre insu. Difficulté à prendre des décisions, procrastination, manque de confiance, besoin permanent de validation… autant de blocages qui trouvent souvent leur origine bien plus loin que nous l’imaginons.

Vous n’avez pas encore lu la première partie ? Retrouvez-la ici :
« Le Processus Hoffman est un peu mon ADN psychothérapeutique. »

Peux-tu nous donner quelques exemples précis de freins qui nous bloquent depuis longtemps et qui peuvent être levés en suivant le Processus Hoffman ?

De manière simple, je dirais : on peut attendre d’aller mieux. Cela ne signifie pas nécessairement que la vie devient plus facile, mais que l’on peut aller mieux. La conscience que l’on acquiert peut rendre les choses plus difficiles parce que plus complexes. Cependant, en lâchant du poids émotionnel, en étant plus conscient de notre propre histoire et nos blessures, la vie peut devenir meilleure.

Le Processus Hoffman est un travail qui s’oriente fortement vers la biographie personnelle, l’histoire de chacun. Il permet de réaliser que les freins que nous rencontrons aujourd’hui sont souvent enracinés dans notre enfance et notre histoire. Cela peut paraître évident, mais en réalité, nous passons souvent notre temps à chercher des solutions immédiates sans nous attaquer à la source même du problème. Si on ne remonte pas à l’origine, à la source de nos freins, là où ils avaient parfois même un sens, ou alors une certaine logique entre papa, maman, et le système familial, alors il est difficile de s’en libérer complétement.

 

Pourquoi nos blessures d’enfance continuent-elles de nous influencer ?

Le simple fait d’identifier nos blocages liés à l’enfance et de comprendre leur influence sur notre vie permet déjà de dédramatiser ?

Exactement. J’aime beaucoup le mot « dédramatiser », parce qu’il ne s’agit pas forcément d’être totalement inconscient de ses blocages. Ces blocages, on les ressent au quotidien. Ce dont nous sommes souvent inconscients, en revanche, c’est l’origine de ces blocages, c’est le pourquoi, comment cela s’est construit comme ça.

Par exemple, quand on découvre qu’il y a des choses centrales, importantes qui nous ont manqué dans notre enfance. Aujourd’hui cela nous arrive souvent : des personnes arrivent au Processus et nous disent : « Moi j’ai tout eu, une enfance géniale, des parents très attentionnés, j’ai eu tout ce que j’ai voulu. » Pourtant, elles sentent qu’elles sont bloquées dans certains aspects de leur vie. Lorsque l’on creuse un peu, on découvre parfois qu’en réalité, sous ce voile, quelque chose a manqué.

Cela peut être quelque chose de très simple, comme l’affection. Beaucoup de personnes disent : « J’ai tout eu matériellement », mais l’affection, elle, a pu manquer. Recevoir de l’attention, c’est recevoir de l’affection. Et dans la tête d’un enfant, qui est au départ purement sur le registre émotionnel, recevoir de l’attention signifie souvent : « J’ai de la valeur ». Si cette affection n’a pas été suffisamment présente, cela peut se traduire, à l’âge adulte, par des blocages dans la prise de décision ou dans l’action. On veut entreprendre des choses, on a des désirs, mais quelque chose nous retient, on n’arrive pas à s’y mettre, et on s’arrête mais sans que l’on sache exactement pourquoi.

 

Procrastination, peur d’agir : comprendre l’origine des blocages

Justement, parmi ces blocages récurrents, la difficulté à prendre des décisions revient souvent…

Cela peut être une décision, une action, et cela peut être de réaliser quelque chose que j’aimerais faire. Si, comme enfant, je découvre que je n’avais pas l’affection, l’attention, qui font que je vaux quelque chose, alors, une fois adulte, je peux ressentir une grande difficulté à agir sans validation extérieure. La question sous-jacente devient : « Ai-je le droit d’aller vers ce que je veux ? ». Et c’est souvent comme cela dans des histoires où l’on pense que tout allait bien et que quelque chose de très important a manqué.

Il y a aussi d’ailleurs des situations où l’on a trop eu : certaines personnes ont reçu trop d’attention, trop d’affection.

Qu’est-ce que cela peut avoir comme conséquence dans sa vie d’adulte d’avoir trop reçu ?

D’abord qu’est-que cela veut dire « trop reçu », on ne peut presque pas imaginer que l’on ait « trop reçu ». Par exemple, une mère qui est tellement au-dessus de l’enfant parce qu’elle a un propre manque : elle remplit l’enfant d’affection et d’attention mais, en fait, pour combler son propre vide. Plus tard, cet adulte peut se retrouver désemparé face à un monde différent, où il n’est plus au centre de l’attention. Il peut être surpris lorsque cela ne marche ainsi dans le monde extérieur. Il peut se sentir perdu, donc il n’apprend pas à prendre soin de lui-même et à s’adapter. Dans ce cas-là, le parent est tellement une référence qu’une réelle autonomie est difficile.

Finalement, à la lumière de tout ce que tu nous expliques, nous avons tous quelque chose à régler avec notre enfance et nos parents ?

Oui, parce que le parent idéal n’existe pas, et c’est important de le rappeler, notamment aux parents qui entreprennent ce travail. On ne peut pas être un parent parfait. Pouvoir effectuer ce travail sur soi est une véritable chance pour le développement de notre conscience. Quand je parle de réconciliation, il ne s’agit pas d’accuser les parents de tout ce qu’ils n’ont pas fait. Il s’agit de trouver une forme de réconciliation qui ne signifie pas excuser les parents, ça on ne le fait tout le temps. Réconcilier, cela veut dire faire connaissance avec nos parents et leur passé. C’est ce que nous appelons le travail transgénérationnel dans le parcours Hoffman, un travail profond et essentiel pour pouvoir se libérer.

 

Pourquoi le Processus Hoffman agit-il aussi profondément ?

Justement, tu viens d’évoquer l’un des parcours proposés par le Processus Hoffman. Parmi tous les outils qu’il propose, peux-tu nous parler de quelques solutions concrètes ?

Restons sur cet exemple concret : la difficulté à prendre des décisions. Beaucoup de gens luttent contre la procrastination : je sais que je dois faire quelque chose mais j’ai ce frein énorme pour m’y mettre, ce frein qui m’empêche d’agir même en sachant que je vais en subir des conséquences négatives : perdre un travail, etc. Mais c’est plus fort que moi.

Un scénario important que l’on retrouve dans les scénarios parentaux est celui de l’enfant pris entre ses deux parents qui sont des êtres très différents avec leurs histoires et leurs conflits. L’enfant se retrouve entre les deux et beaucoup de problèmes d’indécision, notamment de procrastination, peuvent venir du fait d’avoir eu un rôle entre les deux parents, par exemple celui d’harmoniser entre les deux parents toujours en conflits. Que fait un harmonisateur ? Il est toujours entre deux pôles et dans cette position il peut complétement s’oublier. Et il amène ce rôle dans sa vie d’adulte. Ce rôle peut s’ancrer en nous et, une fois adultes, nous empêcher d’avancer dans la vie. On reste dans une forme de loyauté entre ces deux pôles.

Est-ce que tu peux par exemple nous donner des exemples du travail que propose alors le Processus ?

Nous prêtons par exemple attention à nos voix intérieures : quelle voix est-ce que j’entends lorsque j’hésite dans une situation où je dois décider ? Est-ce la voix d’une mère qui me dit « ne fait pas ça » ? D’un père qui me dit « tu dois faire cela » ? Si j’ai intégré la voix intérieure d’un père qui me disait ou qui me faisait savoir : « tout ce que tu fais ne va jamais être suffisant pour moi », alors ou je deviens une personne très impliquée, très parfaite, ou j’ai des moments où je m’arrête devant mes propres buts parce que je ne peux pas être à la hauteur de ce père intérieur.

Le Processus Hoffman permet de repartir dans l’enfance, retrouver cet enfant, le prendre par la main et lui donner la possibilité de s’exprimer. C’est quelque chose qui peut se faire en thérapie individuelle mais pas avec cette intensité et cette profondeur. C’est comme une voie directe dans le Processus Hoffman.

Lorsque nous étions enfant, nous étions avant tout émotion, avant le développement de notre intellect. Donc pour vivre dans ces rôles que nous venons d’évoquer, dans notre contexte familial, nous avons tous dû nous adapter et, d’une manière ou d’une autre, refouler nos émotions, celles qui n’étaient pas admise à la maison : la colère, la tristesse, la douleur ou la joie… Quelque chose a été refoulé. Il s’agit de libérer cela, de revivre et réincarner nos propres émotions. Il n’y a pas de déconditionnement, dans le sens où je peux apprendre quelque chose de nouveau, si je ne parviens pas à voir mes parents différemment que par cette vision que nous avons tous encore comme adultes, qui est la vision de l’enfant. De là, il y a un travail qui nous mène vers la vie de nos parents, vers leur enfance, et ça c’est passionnant, c’est quelque chose dont nous n’avions pas conscience : pour garder cet exemple, quels étaient les liens qui ont appris à nos parents cette procrastination ?

Prendre conscience de ce qui nous a construit ne change pas le passé. En revanche, cela change profondément la manière dont nous avançons dans notre vie. C’est ici que naît la liberté : dans la confiance que nous avons en nous les ressources pour faire des choix qui nous ressemblent davantage et écrire la suite de notre histoire autrement. 

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