Une façon de rendre présente Karin Reuter, c’est de reprendre un mouvement qu’elle aimait faire, un huit couché, symbole de l’infini qui décrit avec simplicité l’interaction continue des contraires. Le lien et l’équilibre entre les polarités.
La lemniscate avait pour elle une signification toute particulière et pourrait représenter toute sa vie : une vie entre différents mondes, entre l’Allemagne et la France, entre tradition et modernité, entre langues et rôles. Entre famille et travail, élégante et active, elle aimait apprendre et partager. Moderne et ouverte à la nouveauté, elle était à chaque instant en quête du juste point d’équilibre.

Pour ceux qui ne l’ont pas connue, c’est elle qui, dans les années 80, avec une équipe de thérapeutes allemands, a introduit le Processus Hoffman tout d’abord en Europe puis en France, à la demande de Bob Hoffman dont elle était l’amie. Ce travail la passionna et devint sa véritable mission de vie ! Il lui a fallu de l’audace pour introduire, en tant qu’Allemande, le Processus en France. Par son engagement à soigner les blessures de l’enfance, elle proposa à sa façon un pas de réconciliation entre ces deux pays, en affirmant comme Barbara que « les enfants ce sont les mêmes, à Paris ou à Göttingen… ! » C’est grâce à elle que le monde francophone peut accéder au Processus.
Excellente psychothérapeute, elle a accompagné de nombreux patients en leur offrant les mots justes et par moment simplement un sourire silencieux pour faire face à leurs joies et leurs tourments. Ceux qui ont eu la chance de travailler avec elle se souviennent certainement de son insistance à reconnaitre et à nommer les tiraillements intérieurs. Ils se rappelleront sa lucidité pour capter les points de frictions, sa force délicate pour nommer la vérité sans fard et son invitation à garder courageusement les yeux ouverts même dans l’obscurité.
Jusqu’à la fin de sa vie, elle est restée engagée dans la vie sociale et dans l’accompagnement des autres. Femme passionnée et épanouie, elle a accompli à sa façon un long voyage intérieur vers la maturité, vers l’acceptation de l’humain dans ce qu’il a de grand et de petit à la fois.
Merci pour tes sourires qui habitent en nous, pour ces questions qui résonnent encore. Merci encore, Karin, pour ton passage sur cette terre.
Nous garderons vivant ce qui nous a, ensemble, touchés au plus haut.
Katrin, Cherif et toute l´équipe de Hoffman France
Les yeux de ma mère
